Chapitre 3 : hey Internet

Hey Internet,

Je sais qu’on se parle tous les jours, et tu sais que je t’aime beaucoup. On s’entend bien toi et moi, on s’est d’ailleurs toujours entendu depuis mon enfance. Mais si je te personnifie aujourd’hui pour t’écrire, ce n’est pas vraiment en tant qu’ami. Et j’en suis navré, vraiment, mais ça fait longtemps que je fais le dos rond et subis quelques-uns de tes défauts et j’ai l’impression que je dois le dire une bonne fois pour toutes, pour qu’on s’entende mieux.

Parce que tu vois Internet, aujourd’hui… J’ai besoin de m’engueuler avec toi.

Je sais que je ne suis pas parfait, d’accord ? Je sais que fondamentalement je suis un petit gros qui parle d’univers qui n’existent pas et pose des questions qui n’ont aucune véritable réponse. Mais t’es pas obligé de représenter un rappel incessant de tout ça pour moi et les personnes que j’aime, d’accord ?

J’en ai strictement rien à foutre d’être “fit”, d’avoir un “healthy lifestyle” en balançant des tonnes de photos d’avocats partout là. Ok j’aime les avocats, mais lâche-moi la grappe : j’aime beaucoup plus les soirées pizza devant Netflix comme un gros pachyderme à boire des grandes rasades de Coca. Ça te pose un souci ? J’en ai rien à foutre, moi ça me rend heureux. Et putain, mon corps est juste la preuve par A+B que tout va bien chez moi, j’aimerais bien que tu le comprennes ça. Parce que c’est le but final non ?

Pas pour toi, c’est pas l’impression que tu me donnes en tout cas. Tout ce à quoi tu me fais penser, c’est une publicité pour une vie qui ne me correspond pas. Mais le pire dans tout ça, c’est que cette publicité est présente constamment pour me juger dans mes choix, comme une ombre oppressante tentant de me pousser dans un moule auquel je suis loin de correspondre.

C’est pas à moi de changer pour toi sur ces points, ok ? Tout ce que t’as fait ces dernières années, c’est faire fuir les personnes qui m’intéressaient le plus dans mon entourage. Les perdus de la vie, les névrosés pleins d’angoisses, les gens incapables de poser un pied devant l’autre sans qu’une myriade de questions les étouffent, les introvertis qui ne peuvent parler que dans un silence de plomb. Tous ces produits d’une addition qui divisent, ces rebuts d’une société qui n’existe pas. Ces emprisonnés de la culture générale, du mondain, du banal.

A vouloir pousser les autres à donner le meilleur d’eux-mêmes, tu n’as fait que promouvoir l’apparence d’une vie meilleure… au prix d’étouffer un dialogue pourtant nécessaire. J’aime bien avoir raison, dur de le nier… mais bordel, je préfère avoir tort. Je préfère que les gens viennent m’expliquer pourquoi, argumentent, me fassent comprendre à quel point j’avais la tête coincée dans le fondement jusque là. Apprendre. J’ai envie de détester des trucs adorés de tous, envie d’aimer ce que tout le monde abhorre. Pour ça, j’ai besoin que tu le respectes et le comprennes, et ne viennes surtout pas me faire me sentir mal d’être moi.

Je suis putain d’humain ok ? Mes pensées se barrent dans 14 chemins différents à chaque fois que je dois prendre la moindre décision. Même maintenant alors que je t’écris, je ne saurais pas dire quel est mon but vraiment. Mais j’ai besoin de ça. J’ai besoin d’être un bordel sans nom, de constamment douter de moi et toujours me demander si ce que je fais va me pousser vers un avenir meilleur. Le bonheur quoi.

Et j’ai définitivement besoin que tu ne sois pas là pour ça, avec ton air supérieur et tes conseils factices qui n’ont rien à m’apporter. On se côtoie depuis longtemps Internet, mais tu ne me connais pas. Alors je te le dis franchement : ferme ta gueule. J’ai pas besoin de ton avis sur des questions aussi importantes. J’ai besoin que d’autres personnes tout aussi barrées que moi viennent m’aider à comprendre les choses que je n’arrive pas à comprendre seul, parce qu’elles auront traversé les mêmes délires que moi en ne trouvant de réponse que pour les autres mais jamais pour elles.

Je veux que des personnes paumées me disent où aller, que des névrosés me disent de me détendre et que des introvertis me disent de m’ouvrir aux autres. Parce que ce sont ces personnes qui connaissent le mieux ces sentiments Ô combien humains mais surtout vrais, profonds, importants. Ce sont des sages pour lesquels tu n’as aucune putain d’attention, trop perdu dans ton flux permanent pour te poser avec moi dans un canapé à simplement contempler le bordel et tenter de le trier.

Et pourtant, c’est ce dont beaucoup de personnes ont besoin, Internet. C’est cool que tu sois là de temps à autre pour nous rappeler qu’on peut viser toujours plus haut, que d’autres personnes réussissent. Tu me donnes ce petit murmure dont j’ai parfois besoin dans ma cacophonie pour aller mieux. Mais je t’en supplie : apprends à la fermer quand tu n’as rien de mieux à faire que de te comparer constamment aux autres. Si tu veux vivre ta vie comme ça, ça ne me dérange pas Internet, vraiment. Mais ne présume pas que je devrais suivre ta voie pour atteindre une vie meilleure. Parce que si je suis parfaitement honnête avec toi… Ce que tu vises me répugne, mais je viens pas te faire chier pour te dire de vivre comme moi.

Parfois, j’ai la faiblesse de penser que je devrais te suivre parce que t’as la confiance en toi que j’aimerais avoir. Mais au fond de moi, je sais que rien de ce que tu me présentes ne m’irait. Tu es l’herbe constamment verte du voisin alors que je suis un casanier convaincu : c’est joli, j’ai parfois envie d’y être, mais si j’y passe plus de 10 minutes… Mon monde me manquera.

Et c’est cool, ok ? Tu es là pour faire tes voyages et tes repas et je sais pas quoi, et je suis là pour… Je sais pas, ok ? Je sais vraiment pas. Mais je pense que j’ai une spécialité à faire valoir aussi, et j’aimerais bien que tu sois plus utile pour m’aider à la trouver plutôt que me faire douter constamment de mes choix. Parce qu’en vérité, je profiterais absolument pas de tout ce que tu me montres tant que je n’aurais pas démêler un minimum le bordel qu’il y a à l’étage. Et je l’accepte, je m’en fous fondamentalement.

Cette lettre a aucun putain de sens ? Démerde-toi avec ça. C’est ta spécialité, paraît-il, d’être en ordre et de savoir exactement ce que tu fais. Pas moi. Moi j’fous un bordel monstre et je l’étudie silencieusement pendant des plombes. Je suis passé expert dans l’art de chuter en avant, et tu sais quoi ? Ça fonctionne. Je suis la théorie du chaos à échelle humaine, quand tu parais constamment être l’ordre et la certitude. Et si on travaillait ensemble, sérieusement, au lieu de m’envoyer ton armée de suivants constamment à la gueule pour me dire quoi faire et penser ?

Je n’en ai pas besoin. Ce dont j’ai besoin là tout de suite, c’est de tous ceux que tu laisses sur le bas-côté, voire même ceux que tu blesses. Sans le vouloir, je sais, mais le fait est qu’ils sont là et que tu ne t’en excuses jamais. Et je suis pas intimement convaincu que tu le fasses exprès, tout l’inverse : je pense que t’es fondamentalement bien. Sinon, pourquoi je t’aurais suivi toutes ces années ?

Mais apprends à faire preuve peut-être d’un peu plus de discernement, ou je ne sais pas… peut-être aussi à te retirer quand tu sais que tu n’as rien à apporter ? Peut-être juste être un soutien pour tout le monde, pas seulement ceux qui te correspondent.

A minima, redeviens un bon ami s’il te plaît. Je ne sais pas si avec le temps, on a grandi chacun dans notre coin et on ne se correspond plus vraiment. Mais il fallait que j’essaie de te parler, tu comprends ? Parce que tu es important pour moi, plus que je n’oserais l’admettre. J’ai grandi avec toi, j’apprends avec toi, je bosse même avec toi. Tu as une place si importante dans ma vie que je n’arrive même pas à l’imaginer sans toi.

Mais qu’est-ce que tu peux être con, des fois. Et il fallait que je te le dise, en tant qu’ami. Je sais que tu ne manqueras pas de me le rappeler une fois les rôles inversés.

Maxime.

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