Chapitre 4 : souvenirs précieux

Hier, poussé par un tweet, je faisais la liste de mes consoles et mes jeux préférés pour chacune d’entre elles. Un exercice qui m’aura fait prendre conscience du chemin que j’ai parcouru, et de toutes les consoles que j’ai pu posséder. De quoi admettre sans l’ombre d’un doute que j’ai été chanceux, loin de moi l’envie de le nier.

Et aujourd’hui, je me suis réveillé avec un souvenir que j’avais jusque là oublié. De peur de le perdre à nouveau, et parce que celui-ci est lié à un autre tout aussi cher, je m’en vais vous les partager ici. Attention : vous vous apprêtez à pénétrer dans l’esprit de l’OtaXou au cours de sa plus tendre enfance. Oh, et je dis “la” GameBoy : vous êtes prévenus.

Ma première console portable ne fut autre que la GameBoy première génération, avec ses 4 piles et son protège-écran qui se décolle en permanence. Ce n’était pas vraiment la norme dans ma cour de récré, qui était plutôt rythmée par des Pocket et Color, mais je n’étais pas pour autant excommunié de la communauté difficile des enfants : j’avais simplement un Cable Link plus étrange que ceux des autres à deux embouts à chaque extrémité.

Je n’étais pas non plus le seul dans cette situation : fort heureusement, mon ami Guillaume avait lui aussi un modèle de la sorte. A ceci près que la sienne était verte : il était donc un peu plus cool que moi. Nous étions naturellement tous réunis autour d’une seule obsession : celle de Pokémon. Il n’existe aucune frontière entre les enfants dès lors que l’on a besoin d’un Férosinge inexistant dans sa version.

La GameBoy Color

Je ne sais pas si j’ai connu sa sortie, ce passement de flambeau dans la cour. Mais je sais une chose : la GameBoy Color me faisait beaucoup envie. Etant un gamin assez timide, je n’osais pas vraiment exprimer cette envie auprès de mes parents, à qui je devais après tout déjà la joie que la GameBoy originale me procurait. Mais qu’est-ce que j’avais envie de voir de la couleur dans mes jeux, particulièrement alors que mes amis s’amusaient à intervertir le noir et le blanc sur leurs vieilles cartouches.

J’ai eu la GameBoy Color d’une manière bien étrange. En visite chez mon arrière grand-père maternel, que je voyais très rarement, je ne faisais que jouer dans le jardin avec un petit ballon bleu et tenter tant bien que mal de comprendre les discussions au repas. Mais je me rappellerais toujours d’une chose : à la fin de ce repas précis, papy nous a enjoint à soulever nos assiettes. Surprise : une petite enveloppe sous celle de ma soeur et de moi, contenant un billet qui me semblait valoir une fortune à cette époque. Je n’avais jamais vu une telle somme de ma vie, mais je savais très précisément où je voulais l’investir.

Une fois rentrés, ma famille et moi-même nous sommes tranquillement installés au salon. Je me suis renseigné sur le prix d’une GameBoy Color, et ai appris la dure vérité : malgré cette somme colossale, il me manquait précisément 50 francs pour pouvoir accéder au Saint Graal. 50. PUTAIN. de. francs. Le visage probablement transformé par le dépit, j’ai pu voir ma mère disparaître d’un air décidé par la porte de notre maison.

10 minutes plus tard, elle revenait du tabac local avec l’équivalent de 10 francs de jeux à gratter dans les mains. Le destin se jouait maintenant : ma famille m’entourant, je grattais un à un les petits cartons à la recherche d’une divinité quelconque. Premier ticket : 0. Deuxième ticket : 0. Le troisième ticket se remboursa tout seul. Quand enfin, à l’avant-dernier ticket… je bondissais. S’affichait sous une montagne de poussière une somme très légèrement supérieure à celle qui me manquait pour enfin acquérir ma GameBoy Color tant convoitée. Pour les curieux : le dernier ticket était aussi nul, mais je m’en fichais royalement à ce point.

Je ne me souviens plus vraiment de quand nous avons été la chercher. Mais j’ai un souvenir qui restera à jamais gravé dans ma mémoire photographique : assis au siège passager de notre Renault 19, je ne pouvais me lasser de contempler ma GameBoy Color vert pomme flambant neuve, avec un mélange d’amour de la console et de fierté d’avoir pu l’acheter par moi-même. Je n’avais jamais connu jusque là de console neuve, jamais connu de boîte d’origine, jamais acheté le moindre jeu, la moindre console par moi-même. C’est cette extase qui m’aura conduit à être obnubilé par cette couleur, encore aujourd’hui.

L’enfant le plus cool de la cour de récré

Pokémon Cristal

J’aimais passionnellement ma console, malgré le peu de jeux que je possédais. Toujours sur Pokémon à faire monter de niveau mes monstres pour quelques batailles, j’ai vu Pokémon Or et Argent arriver petit à petit dans ma cour de récré. Et si je n’étais pas exclu de cette petite communauté d’enfants pour autant, le fait est que j’étais tout bonnement en retard. Ironiquement, bien que sans aucune surprise pour ceux qui me suivent, j’étais aussi l’enfant le plus passionné par les jeux de ma cour.

Observant mes amis, j’avais déjà mes préférés. Je voulais si fort un Héricendre que j’en rêvais la nuit, tandis qu’un ami m’avait prêté sa cartouche déjà finie afin que je capture pour lui les chiens légendaires. Sans aucune originalité mais avec beaucoup de ferveur, je me suis mis en adoration face à Suicune dont le design m’a profondément marqué. J’ai été l’enfant de la cour de récré à trouver l’Aile Argent totalement par hasard, débloquant la possibilité de récupérer le deuxième légendaire pour tous mes camarades.

Et pourtant… je n’avais pas le jeu. Je n’avais pas la possibilité de monter mon équipe, de former ce lien avec mes Pokémon que fantasme un peu trop le dessin animé mais qui était pour autant réel pour moi. Là encore, je n’osais pas réclamer quoi que ce soit à mes parents : mes désirs si forts soient-ils étaient donc tus.

Vinrent les fêtes de Noël, pour lesquelles je n’exprimais pas vraiment de demandes au préalable auprès de mes parents. Je me souviens découper des catalogues et faire mes listes, mais les garder précieusement à mes côtés comme un doux rêve. Peut-être avaient-ils connaissance de celles-ci, mais je ne saurais le dire.

Toujours est-il que je n’avais pas l’habitude d’attendre quoi que ce soit de précis lors des fêtes. Je ne me souviens même pas être conscient de l’existence du jeu à cette période. Mais lorsque j’ai déballé ce petit paquet à mon nom en dessous du sapin, j’ai pu voir Suicune me regarder droit dans les yeux alors que la mention “Pokémon Cristal” m’indiquait qu’il s’agissait d’un nouveau jeu de ma licence favorite.

Ayant quelques souvenirs de mon addiction à cette époque, je pense pouvoir déclarer sans l’ombre d’un doute que plus personne ne m’a vu lever les yeux de ma GameBoy Color vert pomme cette nuit-là… et même les semaines d’après. Plus tard, j’apprenais que c’était ma grand-mère paternelle qui avait fait l’effort de se renseigner sur les tendances chez les enfants, est allée au Virgin ou à la Fnac locale interroger le vendeur, et est revenue avec le cadeau absolument parfait pour moi.

Comprenez bien : ma grand-mère a toujours eu un statut particulier pour moi. Etant la personne qui nous emmenait en voyage tous les ans ma sœur, ma cousine et moi, elle aura été la pierre angulaire afin non seulement de me faire découvrir du pays, mais aussi me lier profondément à ma famille paternelle relativement éloignée.

Et c’est ma grand-mère qui m’aura offert les trois premiers tomes de Harry Potter, oeuvre importante de mon enfance passée à dévorer des livres. C’est aussi ma grand-mère qui, apprenant que j’aimais les “mangas” à une époque où les œuvres japonaises n’étaient pas très bien traitées par les médias généralistes et définitivement inconnues des vieilles générations, aura encore une fois fait l’effort de se renseigner pour m’offrir des tomes de séries populaires à Noël (dont Hunter X Hunter, ma grand-mère a naturellement bon goût).

Mais aussi gâté que j’aie pu être par cette chère mamie Kiki, rien ne supplantera jamais Pokémon Cristal. Car si le contexte était parfait pour ce cadeau qui me marquera à vie, ce souvenir me rappellera constamment à quel point, malgré sa méconnaissance du sujet, ma grand-mère a toujours fait l’effort supplémentaire pour me convenir parfaitement.

J’aurais été heureux avec n’importe quoi à cette époque. Mais elle faisait en sorte de toujours respecter les passions que je formais de moi-même, et m’a toujours offert de quoi les faire grandir. Sans aucune base à laquelle se rattacher, étant le seul enfant “geek” de ma famille et l’un des plus vieux, elle aura été l’un des piliers fondateurs de mon développement culturel.

C’est pourquoi Pokémon Cristal est aussi important à mes yeux : plus que Suicune, il cristallise cette relation.

J’ai conscience que l’imagination d’un enfant ait pu embellir cette histoire. Mais c’est ce qui était vrai pour moi à cette époque : qu’importe donc ce qui était vraiment.  

Mood musical actuel

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