Chapitre 1

Chapitre 1 : Paris, paraît-il

Mon inspiration ne fonctionne pas nécessairement tel que j’aimerais qu’elle le fasse. Voyez-vous, mes articles me viennent en épiphanie, les mots s’accordant entre eux (souvent lorsque je me douche) pour me faire comprendre qu’une idée bourgeonne en moi. C’est à partir de là que l’écriture vient, d’elle-même, sans que je ne m’en sente nécessairement maître : j’ai plutôt l’impression d’être le scribe de mon subconscient, docile face à ses envies et humeurs.

Ces derniers temps toutefois, celui-ci semble fâché. Loin de me fournir la moindre idée d’article, voilà qu’il s’amuse à me faire jouer avec mes mots et me faire contempler ma vie, égocentré comme il semble être. Ce qui n’est pas étonnant : écrire a toujours été pour moi ma colonne vertébrale, l’acte en lui-même étant autant une volonté qu’une nécessité.

Ce qui l’est est cette envie de le partager. Mon texte “J’explose” sorti le weekend dernier est moins le résultat d’une envie de me montrer que de trois jours fiévreux passés à être dominé par des jeux de mots passant telles des étoiles filantes dans ma tête, réclamant d’être clamés du mieux que je le pouvais. 24 heures d’écriture pour une minute de vidéo. Mais pourquoi ? Ma question préférée reste après coup, n’étant guidé jusque là que par une intuition presque instinctive.

Ce blog n’a jamais été véritablement le théâtre de ma vie, mais bien plus de mes analyses culturelles. Toutefois, cela ne veut pas dire que je n’ai jamais rédigé ce genre de texte : si rares sont les personnes à y avoir eu accès, mon Google Keep est rempli de ces petites histoires personnelles montées en rime, souvent en anglais sans que je ne me l’explique. Mais je n’ai jamais eu l’intention de les partager, si ce n’est avec des personnes très proches : il s’agit après tout de créations d’une intimité rare, à des lieux de ce que mes productions habituelles offrent. Je ne saurais pas moi-même les caractériser, le terme “poème” me semblant bien pompeux pour ces petites choses ; disons plutôt “trucs qui riment”.

Aujourd’hui toutefois, l’inspiration dans les chaussettes et l’esprit obsédé par mon environnement immédiat, je ressens le besoin d’user de ma plume pour décortiquer ces suites de chutes en avant que je caractérise comme “ma vie”. Ne voyez pas cela comme marque d’un mal-être, bien au contraire : c’est par le fait de faire des erreurs et de les analyser jusqu’en tirer la substance que j’avance, mu par mon optimisme et l’indéboulonnable idée que je serai le plus heureux des Hommes.

C’est donc pour cela que je lance aujourd’hui “Chapitre”. Vous l’avez deviné : cette nouvelle catégorie sera un exutoire, pour ces moments où mon esprit ne m’offre en guise d’inspiration qu’une réflexion sur le temps qui m’est imparti. Cela fait des années que je me l’interdis, ayant toujours eu peur que cette démarche soit considérée comme nombriliste, ou que ce contenu soit tout simplement inintéressant. Deux réflexions me font aujourd’hui lever cette barrière : je suis de ceux qui apprécient de lire ce type de contenu, pourquoi donc remettre en question son intérêt. Et j’en ressens le besoin presque viscéral, fût-il temporaire. Après tout, ma vie n’est-elle pas le contenu le plus original que je peux créer ? Je suis le seul à la vivre. Je n’ai plus envie de m’interdire de partager ces petites choses qui font que je suis moi, quitte à ce que ce soit inintéressant.

Pour la capitale, je capitule

Et me voici donc à Paris. Enfin… sa banlieue, bien évidemment, mais je continuerai de dire Paris puisque ce n’est pas l’endroit où je dors qui m’importe, mais ce qui m’est accessible. Après des mois à vivre enfermé dans une bulle mentalement infernale, localisée fort heureusement dans la plus belle ville française, ce choix mûri depuis des années paraissait évident.

Je n’ai pas même souvenir d’un temps où je ne voulais pas être journaliste, dans une forme ou une autre. Nécessairement, Paris était identifié depuis bien longtemps comme un passage obligatoire… que j’ai tenté de fuir de nombreuses années durant. Sans être agoraphobe, ni même introverti pour être honnête, j’ai horreur du bruit et de la foule. Vous ne me verrez jamais me trimbaler sans mon casque audio, qui me permet de couvrir tout cela avec mes musiques et ainsi rester dans mon petit monde même en vadrouille.

Et par-dessus tout, j’ai un fort mépris pour les apparences, pour le superficiel. Si faire de Paris la capitale de tout cela n’est pas nécessairement juste, il n’empêche que sa réputation n’est pas pour autant déméritée en la matière ; le constat est simplement plus nuancé que le cliché ne le fait paraître. Tout cela est lié à ma manière de vivre, liée à une certaine obsession : l’idée de construire, de fuir le vain à la recherche de racines ancrées dans le sol sur lesquelles pouvoir se reposer.

Ces derniers mois de ma vie m’ont montré que j’avais atteint un plafond dans ce qu’il m’était possible de faire en dehors de Paris. Ayant désormais un emploi stable en télétravail, il ne restait pour moi que de choisir où je voulais aller. De peur de stagner, une peur terriblement présente dans ma psyché depuis des lustres, me voici donc à Paris où j’espère n’avoir plus de limites sur mes opportunités.

Et quelle arrivée. Je m’amuse à m’imaginer comme un acteur plein d’espoir venu décrocher son premier rôle d’importance. Dans ma chambre meublée de 9m2 dans une colocation délabrée (mais munie de la fibre optique, soyons sérieux), me voici à gratter ces lignes sur mon clavier posé sur un bureau qui ne demande qu’une seule chose : mettre enfin fin à ses jours, mentalité commune à l’ameublement de toute la pièce.

Mais je n’ai pas besoin de plus. C’est la leçon que j’ai en tout cas tirée de mes nombreux déménagements sur ces cinq dernières années : je n’ai vraiment besoin de rien. A dire vrai, je ne suis même pas sûr qu’au sens large, l’endroit où je vis m’importe. Si amoureux que je sois de Bordeaux et de mon précédent appartement, il m’aura fallu au grand maximum deux heures pour que je comprenne et intègre qu’il s’agissait ici de mon nouveau foyer. Je crois ainsi vivre principalement dans mes pensées. Ne reste donc plus qu’à construire en espérant que tout ne me pète pas dans les doigts encore une fois.

Tabula rasa. Un fait frustrant pour quiconque a ma mentalité : construire sa vie à la sueur de son front pour voir son édifice s’écrouler encore et encore n’est jamais quelque chose de plaisant. Mais cet état proche d’une renaissance est exactement ce qu’il me fallait. A vouloir aller trop vite et ne pas me laisser le temps de digérer certains événements passés, je n’ai jamais rien construit de stable sur ces dernières années. J’ai plutôt détourné mon regard des faits pour faire rentrer dans mes fantasmes une réalité qui était loin de me convenir.

On évitera donc cela à l’avenir, mais de quoi sera-t-il fait ? Loin d’essayer d’y penser, j’essaie surtout de vivre au jour le jour et de me mettre volontairement dans des contextes capables de me créer des opportunités. Derrière cette description alambiquée se cache une vérité simple : n’ayant rien actuellement, je dis oui à tout, bois pas mal et dors très peu. Tout en continuant à bosser beaucoup bien sûr, sinon ça n’est pas drôle.

Je ne peux toutefois m’empêcher de m’inquiéter. Si les opportunités culturelles sont vastes sur Paris, la mentalité ambiante que l’on me décrit ou que j’observe lors de mes diverses sorties semble être l’antithèse de ce en quoi je crois. Superficiels, frivoles, voire même pernicieux sont autant d’adjectifs que des proches de confiance ont plus ou moins utilisés pour décrire mes contemporains, entre autres notes que j’ai pu moi-même faire depuis mon arrivée.

“Amuse-toi” m’a-t-on même conseillé un jour pour cette escapade parisienne. Mais dans ce théâtre de l’humain, j’ai toujours eu des aspirations plus profondes que de faire appel à mes bas instincts. Aussi je m’inquiète, puisque je ne sais si je réussirais à m’y creuser un espace ou si je finirais par m’inspirer de mes pairs et taire ma compassion au profit de mon plaisir immédiat. La tentation est après tout là bien que tut, nourrie de ces dernières années à être utilisé.

Aussi, pardonnez mon manque d’inspiration sur ce blog ; je suis pour le moment en train de reconstruire ma petite base d’opérations. Bien qu’elle soit avant tout mentale, je l’espère cosy et cossue passée cette période de questionnement. Ne vous inquiétez toutefois pas : je suis loin d’être dans le mal, bien au contraire, et ai même fait un article dont je suis fier. Je respire enfin après une période complexe, et ai devant moi un univers des possibles qui m’enchante où mon optimisme naturel ne peut que s’exprimer pleinement. Ne me reste plus qu’à le modeler dans une forme qui me convienne… encore faut-il que je l’établisse.

Mood musical actuel

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