Chapitre 2

Chapitre 2 : l’âge au fond du verre

A la fin de chaque période compliquée de ma vie vient toujours un temps pour la réflexion, l’introspection. J’ai tendance à ne jamais savoir ce qui va ou ne va pas chez moi tant que je suis pris dans le tourbillon des événements, avant de pouvoir jeter un oeil en arrière pour en comprendre les tenants et aboutissants. De ce fait, ma venue sur Paris est pour le moment rythmée par cette idée, dans le but de grandir et de toujours viser plus haut pour mon futur.

Pourtant, ma dernière histoire n’a tristement pas vraiment eu d’impact sur ma psyché, quand bien même j’en tire une leçon précieuse pour mon bien futur. Ne devrais-je pas, auquel cas, passer cette étape d’introspection pour me concentrer sur autre chose ? Mon déménagement à Paris n’a pas vraiment eu d’impact non plus, n’étant pas vraiment concerné par mon environnement immédiat.

Et malgré tout cela, j’ai eu la vague impression de ne pas être bien ces derniers temps. Comprenez bien : ce sentiment m’est plus étranger que familier, mon esprit étant plutôt habitué à considérer uniquement le bien face au mal, le positif surpassant le négatif naturellement alors que le flux de mes pensées vient m’offrir tant de perspectives qu’il en paraît presque inconvenant de me sentir mal : comment pourrais-je oser m’apitoyer sur mon sort, quand d’autres connaissent bien pire ? Telle est la question qui m’éprend rapidement lorsqu’un événement m’impacte, bien souvent suivie par une vérité simple, mais toujours aussi forte malgré le passage des années : je suis responsable de mon propre bonheur.

Cette impression ressentie sous-entendait donc un mal qui viendrait me provoquer une nouvelle introspection une fois passé. Si j’ai l’habitude de cet étrange brouillard, je ne m’empêche jamais d’essayer de le comprendre dans l’instant. Mais tout cela est futile, et me conduit bien plus souvent à ne me sentir qu’encore plus mal. Quand on regarde l’abîme…

Duralex mon amour

C’est dans ce contexte que j’ai autant abordé que subi les derniers jours, presque obsédé par l’idée que je ne me sentais pas bien sans savoir ce qui pouvait bien le provoquer. Evidemment, ce n’est pas cette impression qui viendrait gâcher mes journées et me paralyser sous ma couette : sur l’optimisme et la motivation, vous pouvez me considérer comme immortel. Il n’empêche pour autant que se trimbaler avec ce brouillant ambiant, cette lourdeur dans les épaules, ces cernes sous les yeux, n’a rien de plaisant.

Puisque les soirées autant que le temps lui-même ont tendance à faire passer cette impression, je suis une nouvelle fois allé boire un verre avec un ami. Cet ami est particulier pour moi, et pour cause : plus vieux, mais un brin moins excentrique, je partage avec lui une certaine vision de la vie et surtout des relations. A bien des égards, il pourrait être considéré comme l’un de mes mentors. Et pour cause : il fait partie de ces rares personnes dont je bois les paroles, et dont l’avis peut m’impacter bien plus rapidement que celui des autres. Il s’agit autant d’une preuve de respect pour sa sagesse qu’une logique parfaitement censée: de par la proximité, sans toutefois parler de similarité, de nos modes de pensées, je considère son avis comme l’un des plus importants que je peux acquérir.

Réunis une nouvelle fois en terrasse de “son rade” comme il le nomme, je lui déversais mes sentiments des derniers jours tout en absorbant mon whisky. L’acte n’était pas gratuit : j’avais besoin de son point de vue sur la question, ne serait-ce que pour me donner d’autres pensées à ajouter au flux de mes nuits blanches. Je ne m’attendais toutefois pas à une telle baffe, qui m’aura fait dormir comme un bébé au retour. Je garderai pour moi ses observations, ces superbes métaphores et allégories n’appartenant qu’à moi, et me concentrerai sur ce que j’ai compris de celles-ci.

“Et si j’étais le problème” ? Evidemment que je suis le problème dans ce contexte, là n’est pas la question. Mais pourquoi le suis-je ? Eh bien voyez-vous, j’ai passé l’intégralité de ma vie à faire en sorte que chacune de mes journées soit soldée par le sentiment que j’ai fait plus de bien autour de moi que de mal, obsédé par l’idée d’être vertueux. Dans l’enchaînement des événements ayant rythmé ma nouvelle vie parisienne, ce mode de pensée se sera retourné contre moi.

Pourquoi ? Tout simplement car j’ai vécu ces derniers temps des événements où ma volonté de faire le bien a supplanté mes envies, qu’elles soient purement bestiales ou réfléchies. Dans un contexte où je repars une nouvelle fois de zéro et tente une nouvelle fois de construire, le fait que je l’ai vécu à répétition sur un mois m’a naturellement provoqué énormément de frustration. Comment justifier tout cela ? Parce que “je peux l’encaisser, pour le bien de ma conscience”.

Si j’entretiens ce mode de pensée depuis des années, c’est par envie de faire le bien autour de moi. Avoir la capacité de soutenir mes proches. Etre un roc sur lequel tous peuvent se reposer. Et si cela doit passer par quelques sacrifices de ma part, ainsi soit-il ! De mon point de vue, je préfère souffrir plutôt que faire souffrir d’autres, pour “pouvoir continuer de me regarder dans une glace sans ciller”.

Mais n’est-ce pas là un comportement finalement nocif en soi ? Ne suis-je pas en train de me prendre pour le père de tout le monde, du haut de mes pauvres 25 ans, comme si j’avais pris au sérieux l’âge au fond de mon verre Duralex ? Car il y a une faille que j’ai ignorée (peut-être à dessein ou non, je ne saurais dire) pendant tout ce temps : l’erreur. “L’erreur est humaine” dit-on, ce qui est bien vrai : je suis le premier à dire qu’une erreur n’est qu’une occasion d’apprendre, pour viser quelque chose de toujours plus beau. Qui plus est, ce qui est vu comme une erreur sur le coup peut se transformer en un événement magnifique par la suite, le hasard aidant.

Mon comportement contredit donc quelque part mes convictions. Si je choisis d’empêcher les autres de faire des erreurs, ou d’être même parfois les erreurs des autres, on pourrait dire que je choisis le chemin empêchant les autres d’évoluer tout autant que moi. Sans compter bien sûr cette question de frustration, qui a toujours été un problème chez moi.

Qu’est-ce qui différencie toutefois cette action de celle d’un énorme égoïste ? La volonté première, paraît-il. Si le but est le bien, l’action possiblement répréhensible l’est-elle vraiment ? Ou pour reprendre une question que tout le monde a dû entendre une fois dans sa vie : mais qui te dit que ce n’était pas l’homme/la femme de ta vie ? L’erreur ne devient alors qu’une action supplémentaire dans une démarche dont le but a toujours été positif.

Prenez toutefois note que ces observations ont été faites en rapport à un contexte romantique extrêmement léger, faisant qu’elles ne devraient pas être utilisées pour expliquer n’importe quoi. Mais si elles m’ont fait m’endormir très rapidement la nuit d’après, c’est tout simplement pour leur capacité à me rassurer sur l’idée que je peux faire des erreurs tout en restant un homme bien. Je crois ?

Voyez-vous, ce n’est pas la première fois que l’on me tient des propos similaires; c’est simplement la première fois que je les entends d’une source que je sais mû par l’idée de bien. Aussi, l’accalmie n’aura pas duré alors que ma réflexion m’a poussé à tracer le parallèle avec ces discours entendus autrefois, qui bien que moins explicites et personnalisés avaient sensiblement la même teneur… mais prononcées par des personnes que je considère comme égoïstes. Cette réflexion me semble trop aisément corruptible.

Or, je me refuse à suivre ce “courant philosophique”. Ces gens qui se répètent à longueur de journée que l’on “naît seul et meurt seul” pour justifier de ne pas considérer leur prochain, que l’on ne connaît que ses propres pensées donc pourquoi diable s’enquérir de celles des autres. Pour moi, les êtres humains ne sont pas doués d’empathie (du moins certains d’entre eux) pour simplement l’ignorer lorsqu’ils sont rappelés à leur nature bestiale. Si l’Homme est composé de la conscience de son existence et de son impact tout autant que son instinct primaire, il me paraît stupide de ne pas faire marcher les deux à l’unisson.

Il va donc falloir que j’apprenne à composer avec cette nouvelle contradiction, ce nouveau paradoxe que mon “mentor” m’a pointé du doigt. Cette conversation fut toutefois rassurante, et aura fait disparaître ce brouillard qui commençait à s’épaissir : me voici enfin revenu au vacarme naturel de mes pensées divergentes.

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