Chapitre 9

En sortirai-je seulement un jour ? Le masque de mon sourire est toujours plus lourd à porter à mesure que les années passent. Les blagues toujours plus difficiles à trouver. Le saut, toujours plus court.

À mesure que le temps passe et que la vie m’offre ses événements, je ne peux que constater la mesure à laquelle le flux de mes pensées s’accélère quand je cherche inexorablement à le calmer. Submergé depuis toujours, me voilà dans une situation où je suis forcé de constater que je me noie.

Le pragmatisme. Subir, analyser, retrouver l’origine, l’essence, l’expliquer. Remonter à la naissance de ces réflexes n’a rien de difficile. Un père absent. Une mère malade. Une sœur en manque d’affection. Le cocktail de mon épanouissement enfantin n’aura été qu’une recette rapide vers une rationalisation excessive du monde m’entourant. Tout s’explique, tout se comprend.

Et pourtant, les mensonges. La prise de conscience que les valeurs sur lesquelles j’ai construit toute ma personnalité n’était que le fruit de l’imaginaire d’autrui a toujours été l’une des plus grandes violences que j’ai pu subir. Ma mère a toujours voulu que je sois aimant, attentionné, attentif, à l’écoute des autres et éloigné des considérations matérielles.

Le malheur, c’est pour les autres. Il faut toujours tout mettre en perspective. Faire sa bulle. Et me voilà adolescent, dénué de la moindre pensée négative et toujours là pour toutes les personnes m’entourant, parfois à tort. Mais qu’importe : le malheur ne m’atteint pas, autant rendre les autres heureux. Jusqu’à ce que bien sûr je me retrouve à l’âge adulte à comprendre que je n’ai fait que stocker un mal-être viscéral tout ce temps, que je n’ai désormais plus la force d’ignorer.

Les pensées qui me rassuraient fût un temps n’ont plus aucun effet. Ah qu’il était bon de pouvoir mettre en perspective mes idées noires en me répétant sans cesse que je n’étais pas le seul à ressentir les mêmes choses… jusqu’à ce que le monde s’impose à moi et me blesse jour après jour, incapable de s’accorder à ma sensibilité. Pourquoi lui en vouloir ? Il ne le fait pas exprès. Remettre en perspective, toujours.

Mon esprit me refuse le droit d’être mal. Chacune de mes pensées sombres sont immédiatement contre-balancées par des discours motivateurs devenus aujourd’hui vides de sens. Mes principes me refusent de faire du mal aux autres. Mon cœur se remet constamment en question. Et me voici, paradoxe vivant face aux contradictions d’un monde que je ne comprends pas, trop enfermé dans mon cycle pour avoir eu le temps d’en assimiler les moindres tenants et aboutissants. Je suis à la lisière d’un univers qui m’effraie et dont je ne reconnais pas les valeurs.

Je comprends tout, et ressens trop fortement. Comment diable peut-on avancer simplement dans ce monde alors que s’affrontent constamment en soi le pragmatisme et le sentimentalisme, tous deux exacerbés ? La seule formule que j’ai trouvé a finalement été d’arriver à copier l’assurance des gens dénués de compassion, fabriquant avec aise un masque facilement identifiable par les personnes m’entourant.

Au Diable ma véritable personnalité, que je ne saurais même plus véritablement définir tant elle est influençable. Qui sait ce que la prochaine personne de passage fera de moi, j’aurais quoi qu’il arrive toujours de quoi justifier le moindre acte.

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